° Rubrique Droit et Justice 

DROIT et JUSTICE par Jean Jacques SARFATI 

Le rôle créateur de l'Exception en Droit chez Platon 

dans "Les Lois", "La République" et "Le Politique"

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(16 bibliographie)

 jean-jacques.sarfati@wanadoo.fr

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La solution «esquissée» dans le «Politique»

Dans ce texte intermédiaire Platon, semble offrir une double esquisse de solution. La première s’opère par l’introduction d’une nouvelle figure d’homme rare : celle du politique. Alors que le « philosophe- roi » paraît réduit à un isolement dans le « monde des idées », le politique est un « pasteur » qui n’est pas celui que décrit Thrasymarque dans la République et qui chercherait à « engraisser les moutons pour son propre bien » (Rep. 345c). C’est un pasteur qui fait son métier comme il se doit  et qui « s’occupe du troupeau, le soigne ». (Pol. 275e).  

Contrairement au philosophe, même s’il est « royal » comme lui, le politique n’est pas nécessairement celui qui « chérit la vérité ». (Rep. 485d). Il est certes « savant et bon » (Pol.296e). Il recherche toujours « la justice parfaite entre les citoyens ».(Pol 297b). Il est rare, presque un «Dieu…parmi les hommes qui gouvernent… »(Pol 303e). Cependant la science qu’il possède entre toutes est la science du politique,celle qui est « entrecroisement royal »(306e) et qui  « ne laisse jamais une séparation s’établir entre les caractères modérés et les caractères fougueux mais les tient ensemble… » (Pol.3IIa).

En d’autres termes, le politique est celui qui peut à la fois joindre le commun et l’excellence sans les dissoudre. Cependant, le bon gouvernant n’apparaît également que rarement. Or ce que recherche Platon c’est un moyen plus durable. Surgit alors une seconde esquisse - celle de la loi - car  : « le législateur …ne sera jamais en mesure en édictant des prescriptions pour tous les membres du groupe d’appliquer à chaque individu la règle précise qui lui convient… ».  L ‘esquisse devient solution dans les Lois avec la figure du législateur.

== La solution de la  double figure de la loi et du législateur.

La loi doit permettre d’éviter qu’après la disparition du « grand politique », du « grand philosophe » ou du « grand législateur », la cité ne tombe définitivement dans le chaos. Elle est nécessaire, comme Platon le précise dans « les Lois », car : «  aucune nature d'homme ne naît assez douée pour à la fois savoir ce qui est le plus profitable à la vie humaine et le sachant pouvoir toujours et vouloir toujours ce qui est le meilleur.....875 a-c. ». Mais cette loi doit avoir au moins trois caractéristiques :                                 
- En premier lieu, le traité des « Lois » que Platon propose n’est pas un traité de droit, mais c’est également un travail d’historien, de philosophe, de juriste, de sociologue. Le législateur fait en sorte, comme cela avait été proposé dans la Politique, que les sciences soient subordonnées à l’art de la législation et la loi n‘est pas exposée de manière brute mais assortie de réflexions, d‘analyse, d‘un préambule.  

- En second lieu, cette loi n’est pas dogmatique. Elle reste subordonnée à la science . Ainsi, Platon ne manque-t-il pas de rappeler : «  si jamais un homme naissait par faveur divine, naturellement apte à  s'approprier ces principes, plus ne serait besoin d'aucune loi pour le commander car ni loi ni ordonnance n'est plus forte que la science et l'intellect ne saurait sans impiété être serviteur ou esclave de quoi que ce soit, il doit être au contraire le maître universel s'il est réellement vrai et libre selon sa nature. »

- En troisième lieu, cette loi doit être forte car l’homme « naissant par faveur divine » est rare . Le don qui est le sien «  se réalise nulle part ni de nulle facon, que petitement » (Lois. 875b) aussi  pour être forte doit-elle être générale. Pourquoi ? Parce  que «  l'ordonnance et la loi ne considèrent que la généralité, mais sont impuissantes à saisir le détail.(adunétai°)875 c. De plus parce qu’il faut laisser un pouvoir aux juges car : « légiférer soi-même sur toutes les éventualités petites ou grandes, c’est, nous pouvons le dire impossible ….876a (adunaton)….

En conséquence, la loi est bien la solution proposée : elle évite l’exception phénomène et elle protège l’exception excellence en préservant les hommes excellents des turpitudes de la «multitude».

L’usage des mots « adunaton » et « adunétai », traduit par « détail » et « impossible » par Desplaces sont peut-être à relier avec l‘un des noms de Dieu en Hébreux : celui d’« Adonaï », faut-il ici voir un lien ? Quoi qu’il en soit il est indubitable que pour Platon plus la loi est « divine » et plus elle permet cette protection des hommes excellents contre eux-mêmes et contre la masse. Elle réalise ainsi durablement l’harmonie de la cité.

En conséquence, le droit constitué par de multiples exceptions est bien la crainte de Platon qui ne pense l’exception excellence que pour éviter le gouvernement du multiple et les émiettements du droit auquel celui-ci peut conduire. Ces deux exceptions qui s’opposent sont donc bien liées l’une à l’autre. Mieux, elles s’inscrivent dans une dialectique commune qui les réunit.

Vers 11 L’unité des deux exceptions autour d’une dialectique de la singularité

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Copyright Jean Jacques SARFATI jean-jacques.sarfati@wanadoo.fr professeur de philosophie en région parisienne, juriste et ancien avocat à la cour d'Appel de Paris

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