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> Comédie
du livre à Montpellier
Introduction à la
médiologie,
de Régis
Debray
(PUF, Janvier 2000).
[ L'homme
- la médiologie - L'emprise
- Régis Debray i.f -
Dieu, un
itinéraire]
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Pour Régis Debray distinguer ce n'est pas opposer, c'est articuler: bien
distinguer la communication ou circulation de l'information dans l'espace qui
sépare les contemporains, et la transmission d'un héritage de valeurs et de
savoirs à la postérité:
-
le point de vue de la communication est synchronique, c'est celui de l'humanité
dans l'actualité des vivants.
- Le second point de vue, celui de la transmission, est diachronique, c'est ce que
l'auteur appelle l'être-ensemble-successivement, selon l'affirmation de Comte, l'humanité est faite de plus de morts que de vivants.
La communication est évidemment la condition de la transmission: il faut par
exemple un écrit pour qu'une transmission soit possible à un lecteur. Mais
cette condition nécessaire n'est pas suffisante: encore faut-il que le lecteur
ou celui qu'on a installé devant un écran d'ordinateur ait le désir ou la
foi.
Comprendre qu'il ne suffit pas de mettre en présence une valeur ou un savoir et
un récepteur pour que l'information s'incarne dans le récepteur: il faut plus
que la communication et c'est ce plus qui fascine Régis Debray; c'est ce "plus"
qu'il veut sonder.
D'où la question: comment s'articulent communication et transmission?
La transmission est un fait, sans elle il n'y aurait pas d'humanité: que
serait une humanité sans mémoire?
Entre le dispositif technique, matière organisée -(au début des os rangés,
dans des premières sépultures, qui symbolisent dans le présent à la fois le
passé et l'espérance d'un avenir, un viatique) et le récepteur, il y a des
institutions (enseignement, Eglise...) c'est à dire des hommes et des femmes
en équipe qui assurent la transmission.
Il faut considérer une équipe comme une sorte de catalyseur, un troisième
terme qui met en relation "deux termes qui sans lui n'en auraient
pas". En un certain sens tout homme est donc incarnation ce qui met le
corps au centre de la transmission et, pour relayer ce qui retombera en
poussière, les institutions autre forme de corps incarnés qui ne prennent leur
sens que de la transmission, ce qui implique le plus souvent que les membres de
l'équipe deviennent des secrétaires surveillés par une déontologie sourcilleuse (on
connaît les aventures de Theillard de Chardin). Il semble moins paradoxal que
nombre de grands mystiques se soient ralliés à une Eglise que leur
démarche mettait en question: aucune contradiction pour sainte Thérèse
d'Avila entre son premier "Je veux voir Dieu" et son constant "Je
suis fille de l'Eglise".
Vous voilà au seuil de ce livre, feu d'artifices de l'esprit et du sens qui
mêle la clarté des tableaux, la rigueur de l'argumentation à la fantaisie, avec
une constante fidélité à la sincérité.
Quelques remarques d'un simple lecteur.
En renonçant à interroger les zélateurs, Régis Debré s'interdit de mettre
à jour des stratégies qui pour se mêler à la conviction de la foi ne sont
peut-être pas aussi inconscientes qu'il le suppose.
Dire que le corps est médiateur, n'est-ce pas renvoyer au désir sans lequel la
transmission ne peut s'effectuer: c'est un mystère aussi grand que celui de
l'incarnation car si le corps par la perception assure l'intersubjectivité
première, c'est que tout est peut-être dit de la conduite future du récepteur, avant
tout discours. N'est-ce pas condamner l'étude des faits de transmission à la nuit du
sentiment, un peu comme le malheureux Orphée qui ne peut regarder Eurydice sans la
pétrifier.
Et certes, si la foi vient de ce qu'on entend (fides ex auditu) et si le silence est premier, il
faut que le silence soit entendu pour qu'il soit écouté.
Le discours ne dit
rien du Charisme et au delà de la servitude volontaire dont il ne peut être
question puisque l'information se dégraderait très vite; la transmission peut elle se faire autrement, pour
qu'elle s'effectue grâce à cette maïeutique
qui amène au seuil de la conversion mais qui ne convertit pas? Peut-on chercher
ce qu'on ignore absolument?
Joseph Llapasset.
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