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Rubrique proposée et animée par  François Palacio

Dissertations de philosophie

Peut-on concevoir une liberté sans loi ?  (6 heures)

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On connaît la fameuse sentence d’Ivan Karamazov dans l’ouvrage de Dostoïevski : « Si Dieu n’existe pas, tout est permis ». On pourrait y faire remonter le topos anarchisant « Ni Dieu, ni maître ». Sur cette voie, un secret désir semble étreindre le cœur de l’homme et attendre le moment où il pourra s’avancer, levant haut l’étendard d’une liberté absolue, d’une liberté sans foi, ni loi. Mais l’homme est un être retors, fait d’un bois si courbe que toujours il se soumet à l’autorité d’un autre pour mieux couver en son fond le songe inavoué d’une indépendance absolue. Or que pourrait signifier une telle absoluité ? N’est absolument libre que celui qui ne se soumet à aucune loi, ni politique, ni même rationnelle, car il reconnaîtrait encore ici un impératif extérieur. Défiant la logique, une liberté absolue serait une liberté indéterminée. Mais qu’existe-t-il dans l’être qui ne soit situé, et par là-même déterminé à occuper une place ? Quand bien même elle se pose par soi, la liberté doit se réaliser. Et n’est-ce pas là acquiescer à une réalité qui soit déjà présente, prête à l’accueillir ?

Aussi convient-il, avant même de se demander si une liberté peut exister moralement ou politiquement sans une loi qui la contienne, si une telle idée est elle-même représentable. Construisant le concept de liberté y découvrirait-on la loi, comme contenue analytiquement en lui ? Ou bien est-ce qu’une trop vieille habitude de soumission nous pousse à concevoir comme nécessité d’essence le simple produit d’une synthèse arbitraire ? Reprenons la formule cartésienne à propos de la dualité du corps et de l’âme : ce  qui peut être ôté d’un sujet sans que ce dernier ne disparaisse en est un accident et n’appartient pas à son essence. Appliqué au problème de la liberté cet axiome nous enjoint à poser la question suivante : en quel sens la loi est une condition de possibilité de la liberté ?

           

S’interroger sur le rapport de la liberté à la loi, c’est rechercher l’ordre au sein duquel la liberté fait sens. Si nous voulons résister à l’abstraction et ne pas tenir la liberté pour une substance demeurant par soi, il nous faut déterminer le lieu relatif de son existence. Il s’agit par conséquent de déplier le paradoxe d’une liberté qui ne peut être qu’à condition de n’être pas absolue et tenter ainsi de concevoir la liberté par l’engendrement de son concept, afin d’en mieux saisir la possibilité et les conditions qui la soutiennent.

 

 

Le premier problème qui se pose par conséquent à nous consiste dans la détermination du concept de liberté. Dans cette perspective, la question qui nous aiguille est celle de savoir si le concept de liberté contient celui de loi. Aussi, afin de mieux rapporter l’une à l’autre ces deux notions, il convient en premier lieu de les opposer. Nous pouvons ainsi commencer par mettre en regard de la liberté l’idée de nécessité. C’est en effet cette dernière qui semble soutenir l’idée de loi. Qu’est-ce que la nécessité ? Elle nous apparaît dans son caractère le plus générale comme une détermination. Ce qui est déterminé en soi est nécessaire. Or notre premier constat va consister à montrer que la liberté ne se peut concevoir que limitée en son concept par celui de nécessité. Cette affirmation paraît au premier abord paradoxale en ce que nécessité et liberté devraient bien plutôt s’exclure. Mais tentons de cerner la difficulté par un abord plus formel. Nous pouvons formuler trois propositions qui s’excluent : soit A existe par rapport à lui-même et il est nécessaire ; soit A existe en fonction de B et il est déterminé ; soit enfin A et B s’excluent au sein d’un même univers et alors A et B se limitent réciproquement : poser A c’est exclure B, mais on ne peut poser A sans poser B. Si nous appliquons à notre problème ce simple résultat logique nous pouvons conclure que la liberté et la nécessité, appartenant au même univers, il faut entendre la liberté à partir de son contraire, la nécessité.

 

 

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