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Le présent   (6 heures)

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On s’est attaché à la persistance de ce qui est au lieu de tourner le regard vers la présence même. Ainsi a été gommée la distinction de l’être et de l’étant, de la présence et de ce qui est présent. Il faut, par conséquent, distinguer avec la plus grande attention, la substance qui demeure en tant qu’elle est conçue à partir de l’étant, et l’être même de cet étant comme pure présence se retenant dans l’apparition.

Dès lors, en tant que le langage dénote à partir des choses qui sont, nous sommes contraints de ne reconnaître son incapacité foncière à dire le présent. Le présent véritable ne peut pas se dire, encore moins se définir et c’est ce qui fait son essence. Nous pouvons tout simplement dire qu’il y a donation perpétuelle de l’être à l’étant. Mais cette donation, ne se montrant pas comme un étant qui est, ne se laisse pas exprimer. Elle ne s’offre qu’à la condition de se refuser, comme le rappelle Heidegger. Or, l’homme est justement cet étant qui permet l’éclosion de l’être au milieu de l’étant car il voit qu’il y a des choses. Mais l’être en vérité n’est pas de ces choses qui ne se déploient qu’à la faveur du regard. L’être, le réellement présent, est dans le il impersonnel du il y a des choses qui sont présentes. Ce Il est la présence du présent. C’est lui qui présente mais lui-même ne se présente pas, sinon en se dissimulant. Ainsi la condition pour que le présent se donne est justement de ne pas chercher à le dire.

 

En conséquence, nous voici bien reconduit à l’aporie qui nous guettait dès le début de cette recherche. Mais ce long détour, s’il ne nous permet pas de dire ce qu’est la présent, nous a néanmoins offert de voir ce qu’il n’est pas et ainsi de le laisser apparaître en décalque. Le présent, seul, isolé de ses déterminations temporelles, est pure présence. Pur événement, il surgit dans l’actualité de l’être pour annoncer la venue de notre regard sur les choses. De là s’engendre ensuite quelque chose comme un monde, un monde qui, en sa face rigide et constituée, doit être parcouru dans le défilé spatio-temporel de notre perception. Alors le présent, étranglé entre le passé et le futur, n’offre que sa fulgurante disparition. Mais c’est là sans doute que se cache son profond secret. Dans son moindre être, cet infime présent de nos préoccupations humaines, nous offre de comprendre ce qui n’est qu’en n’étant pas. Le présent est alors le cadeau, le présent, que nous fait l’existence de pouvoir l’apercevoir dans ce qu’elle est, pure présence, qui ne se donne jamais que gratuitement, hors de tout intérêt pratique ou théorique. En ce sens, le présent est un monstre. Il montre mais ne se montre pas. Il est un mystère qui fait signe et ne se présente jamais que dans son absence. Fusis kruptesqai filei. « La Nature aime à se cacher » disait Héraclite.

 

 

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