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Rubrique proposée et animée par  François Palacio

Dissertations de philosophie

Le langage est-il un instrument de communication?   (6 heures)

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Si, à présent, nous nous portons à l’analyse du phénomène humain de la parole, nous pouvons observer que le langage humain dépasse cette simple communication universelle de l’espèce à elle-même. Le langage humain permet à la singularité individuelle de se hisser à l’universel et permet donc l’avènement de la personne en tant que sujet doué de parole. Nous voyons, en effet, le langage humain se déployer à deux niveaux. Alors que dans le cas de l’espèce animale le message est signifiant par lui-même et immédiatement, l’acte de parole joue à la fois par son existence matérielle mais aussi et surtout dans son statut de signe portant sur autre chose que sur lui-même. Si l’on compare le message d’alerte dans une fourmilière et le cri « Alerte ! » dans un groupe humain, l’on constate que c’est le message lui-même, la molécule chimique, qui chez l’insecte provoque la réaction. Chez l’homme, le message se distingue en un signifiant matériel, le son, et le signifié, le danger en vue. Nous pourrions ainsi reprendre la distinction qu’opérait les Stoïciens à propos du mot ou de la proposition entre le son corporel, l'ébruitement vocal transmis par l’air, et l’exprimable, le lekton, qui lui est incorporel mais pénètre jusqu’à la représentation. Or c’est à ce second niveau que l’homme communique. Afin de communiquer, le langage humain doit donc se séparer de son substrat physique et ne plus laisser entendre que la signification visée. Nous pourrions dès lors admettre une hypothèse, et suivre en cela Rousseau dans son Discours sur l’origine des langues, hypothèse qui consiste à montrer que le langage n’est pas né sous la pression du besoin mais sous l’effet de la différenciation et de la particularité subjective. Si le langage n’était qu’un moyen de répondre au besoin naturel de conservation, nous verrions difficilement, en effet, pourquoi les simples stimulus partagés par l’espèce ne suffirait pas à avertir d’un danger ou à rapprocher des partenaires engagés dans la reproduction. La nécessité du langage humain devrait bien plutôt apparaître dans la prétention de la particularité à l’expression de son propre être individuel. Autrement dit, ce ne sont pas les besoins mais, dans le langage de Rousseau, les passions, qui ont conduit l’homme à communiquer ses pensées, le laissant apparaître par là-même comme valant pour soi, en tant que cet individu particulier, et non en tant que représentant de l’espèce humaine. La mère, qui du fond des âges, dit à son enfant qu’elle l’aime, ne témoigne pas seulement de l’attachement instinctif de la génitrice à celui qui doit assurer la pérennité de l’espèce, mais en de-ça exprime l’attachement particulier de cette femme à l’endroit de cet être particulier qu’est son nourrisson.

Néanmoins, le langage, en tant qu’instrument des passions, est encore un instrument naturel en ceci qu’il trouve dans l’ancrage corporel la possibilité de son existence. Le cri est ainsi à la fois signifiant naturel de la douleur mais en même temps fait signe vers la particularité de celui qui l’émet. Cet ancrage corporel du langage est d’ailleurs soutenu par Condillac qui dans L’essai sur les fondements de la connaissance humaine, voit dans le pantomime, une première manifestation du langage. C’est justement cet ancrage corporel qui rend possible une compréhension universelle de la signification du signe. Ceux qui ont un corps savent que le cri signifie douleur parce qu’eux-mêmes crient lorsqu’ils ont mal. Mais en même temps, c’est parce qu’il est particulier à un individu que ce signe devient déplaçable et susceptible d’une signification abstraite. Parce que le cri signifie douleur, un cri proféré après que l’on m’est blessé, non pas physiquement mais moralement, dans mon prestige par exemple, signifiera que cet affront est pour moi une douleur.  L’autre qui entend ce cri sans trace de dommage corporel associera douleur à une cause qui m’est particulière. De là nous pourrons reconnaître tous deux que le cri est expression de la douleur en général et non pas seulement de cette douleur particulière hic et nunc. 

 

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