° Rubrique Philo: Capes-Agreg

Aide à la préparation au CAPES -

Rubrique proposée et animée par  François Palacio

Dissertations de philosophie

Faut-il en finir avec la religion?   

(6 heures)

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B)    La fonction sociale de la religion

Thèse: en outre, la religion donne à la norme sociale un caractère sacré auquel nul ne peut déroger. Elle constitue donc le fondement social de l'obligation.
Argument: La distinction sacré/profane et la prescription des tabous a une double efficacité:
- permettre à un peuple de se reconnaître comme lié par les mêmes règles
- donner à cette identification à la communauté un caractère obligatoire.

Or- comme le montre l'ethnologie, ces prescriptions, bien que s'imposant de manière inconsciente, ont une fonction sociale dans la mesure où elles permettent l'organisation d'une communauté. Justement parce qu'elles sont inconscientes, elles ont un caractère d'absolu nécessité et ne demandent pas de sanction extérieure. Celui qui enfreint le tabou se s'est impur et s'exclue de lui-même de la communauté, exclusion qui peut aller jusqu'à la mort physique par auto-suggestion (Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, IV- Effet physique chez l’individu de l’idée de mort suggérée par la collectivité)

Exemple: Commerce de la Kula dans les îles Tobriand; indiens Guyaki: interdiction de consommer le produit de sa propre chasse.

Bergson: Les deux sources de la morale et de la religion- " La religion achève de combler l'écart entre un commandement de la société  et une loi de nature ".

Conséquence: La religion donne à une règle social un caractère naturel si évident que l'on cesse de s'interroger sur son bien-fondé. L'adhésion à la norme social devient  automatique.
Mais une question demeure: en dehors de toute discussion sur le bien fondé de ces normes sociales, comment en arrivent-elles à posséder ce caractère d'évidence? Répondre à cette question c'est découvrir le fondement de l'efficacité de la religion, son irrésistible nécessité, et en même temps nous permettre de découvrir en quelle mesure nous pouvons nous demander  Faut-il en finir avec la religion?

C)    L'évidence des mœurs sociales

Thèse: On peut considérer que toute soumission morale à un impératif dont la fonction sociale échappe à celui qui y obéit se fonde sur le même ressort que la religion. C'est parce que la norme religieuse pénètre et façonne l'intériorité de celui qui la reçoit que cette norme apparaît a priori comme une évidence et une nécessité. Or cette pénétration de l'intériorité dépend de l'inscription de chaque individu dans une tradition particulière où il naît et est éduqué. Cette formation de l'individu par sa culture d'origine constitue les mœurs de ce peuple. Les mœurs sont donc le fondement de l'efficacité de la religion, ce par quoi ses prescriptions portent le caractère d'une évidente nécessité.

Argument: Les mœurs sont une certaine manière d'agir propre à un peuple particulier qui apparaît comme naturel à ce peuple et qui a pour résultat l'accord et l'unification de tous sous un régime commun de codes sociaux. 

Les mœurs ont pour ressort l'intériorité de l'individu, sa conscience. Alors que la loi positive l'oblige extérieurement par la crainte d'un châtiment, la détermination morale commandée par les mœurs, parce que spontanée et inconsciente, se confond avec la volonté de l'agent lui-même.

Ainsi- Rousseau dans le Contrat Social prescrit au législateur d'accommoder la constitution du peuple en fonction de ses mœurs pour ainsi faire de l'obéissance aux lois une tendance spontanée des citoyens. C'est pourquoi la religion civile tient une importance fondamentale dans son édifice politique. Elle permet de faire le lien entre l'intériorité des individus et le respect de la loi.

De même- Hobbes dans le Citoyen considère que, puisque en l'absence d'un pouvoir civil, la loi naturelle n'oblige qu'au sein de la conscience à établir les moyens de la paix – c'est à dire la soumission à un pouvoir extérieur commun -, le souverain, une fois établi, ne peut être renversé. Il est en effet l'émanation de l'impératif de survie que lui dictait sa conscience à l'état naturel. Celui qui s'oppose au souverain agit donc contre ce que lui ordonne sa conscience et commet un péché.

Ainsi Hobbes, en fondant l'obéissance non sur la pression extérieure mais sur l'intériorité de la conscience, fait de l'obéissance politique un devoir sacré. De ce point de vue, la République, qui n'existe qu'à travers le Souverain, possède un fondement moral qui apparente l'interdiction de la remettre en cause à un tabou religieux.

Par conséquent- Le plus sur ressort de la fondation politique est l'ancrage de la citoyenneté dans les mœurs, cet ancrage prenant la  forme d'une obligation religieuse dans la mesure où elle se base, non pas sur la contrainte extérieure, mais sur l'intériorité de la conscience.

Conclusion- Nous voyons donc qu'au-delà de la question de sa rationalité, la religion possède une fonction sociale que l'on peut considérer comme l'établissement d'un rapport naturel à une réalité artificielle et qui commande la soumission à ses lois comme un impératif moral.

Or, étant donné que les normes sociales auxquelles nous nous soumettons spontanément nous apparaissent comme allant de soi, et notamment celle de la liberté de pensée et du libre examen rationnel, nous pouvons nous demander si la question pour nous évidente: la religion a-t-elle encore une fonction? n'est pas elle-même l'effet de notre tradition particulière. De ce point de vue, celui qui critique la religion au nom de la raison n'est-il pas lui-même l'objet d'une détermination inconsciente? L'évidence de sa critique de la religion n'est-elle pas le signe que son discours est lui-même basé sur le même ressort que la religion qu'il dénigre?   

 III- Peut-on en finir avec la religion? 

 

 

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