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B)
La fonction sociale de la
religion
Thèse:
en outre, la religion donne à la norme
sociale un caractère sacré auquel nul ne peut déroger.
Elle constitue donc le fondement social de l'obligation.
Argument: La distinction sacré/profane et la prescription
des tabous a une double efficacité:
- permettre
à un peuple de se reconnaître comme lié par les mêmes règles
- donner
à cette identification à la communauté un caractère
obligatoire.
Or-
comme le montre l'ethnologie, ces prescriptions, bien que
s'imposant de manière inconsciente, ont une fonction
sociale dans la mesure où elles permettent l'organisation
d'une communauté. Justement parce qu'elles sont
inconscientes, elles ont un caractère d'absolu nécessité
et ne demandent pas de sanction extérieure. Celui qui
enfreint le tabou se s'est impur et s'exclue de lui-même de
la communauté, exclusion qui peut aller jusqu'à la mort
physique par auto-suggestion (Marcel Mauss, Sociologie
et anthropologie, IV- Effet physique chez
l’individu de l’idée de mort suggérée par la
collectivité)
Exemple:
Commerce de la Kula dans les îles Tobriand; indiens Guyaki:
interdiction de consommer le produit de sa propre chasse.
Bergson:
Les
deux sources de la morale et de la religion-
" La religion achève de combler l'écart entre un
commandement de la société et une loi de nature
".
Conséquence:
La religion donne à une règle social un caractère naturel
si évident que l'on cesse de s'interroger sur son bien-fondé.
L'adhésion à la norme social devient automatique.
Mais une
question demeure: en dehors de toute discussion sur le bien
fondé de ces normes sociales, comment en arrivent-elles à
posséder ce caractère d'évidence? Répondre à cette
question c'est découvrir le fondement de l'efficacité de
la religion, son irrésistible nécessité, et en même
temps nous permettre de découvrir en quelle mesure nous
pouvons nous demander Faut-il
en finir avec la religion?
C)
L'évidence
des
mœurs sociales
Thèse:
On peut considérer que toute soumission morale à un impératif
dont la fonction sociale échappe à celui qui y obéit se
fonde sur le même ressort que la religion. C'est parce que
la norme religieuse pénètre et façonne l'intériorité de
celui qui la reçoit que cette norme apparaît a priori
comme une évidence et une nécessité. Or cette pénétration
de l'intériorité dépend de l'inscription de chaque
individu dans une tradition particulière où il naît et
est éduqué. Cette formation de l'individu par sa culture
d'origine constitue les mœurs de ce peuple. Les mœurs sont
donc le fondement de l'efficacité de la religion, ce par
quoi ses prescriptions portent le caractère d'une évidente
nécessité.
Argument:
Les mœurs sont une certaine manière d'agir propre à un
peuple particulier qui apparaît comme naturel à ce peuple
et qui a pour résultat l'accord et l'unification de tous
sous un régime commun de codes sociaux.
Les
mœurs ont pour ressort l'intériorité de l'individu, sa
conscience. Alors que la loi positive l'oblige extérieurement
par la crainte d'un châtiment, la détermination morale
commandée par les mœurs, parce que spontanée et
inconsciente, se confond avec la volonté de l'agent lui-même.
Ainsi-
Rousseau dans le Contrat Social
prescrit au législateur d'accommoder la constitution du
peuple en fonction de ses mœurs pour ainsi faire de l'obéissance
aux lois une tendance spontanée des citoyens. C'est
pourquoi la religion civile tient une importance
fondamentale dans son édifice politique. Elle permet de
faire le lien entre l'intériorité des individus et le
respect de la loi.
De
même-
Hobbes dans le Citoyen
considère que, puisque en l'absence d'un pouvoir civil, la
loi naturelle n'oblige qu'au sein de la conscience à établir
les moyens de la paix – c'est à dire la soumission à un
pouvoir extérieur commun -, le souverain, une fois établi,
ne peut être renversé. Il est en effet l'émanation de
l'impératif de survie que lui dictait sa conscience à l'état
naturel. Celui qui s'oppose au souverain agit donc contre ce
que lui ordonne sa conscience et commet un péché.
Ainsi
Hobbes, en fondant l'obéissance non sur la pression extérieure
mais sur l'intériorité de la conscience, fait de l'obéissance
politique un devoir sacré.
De ce point de vue, la République, qui n'existe qu'à
travers le Souverain, possède un fondement moral qui
apparente l'interdiction de la remettre en cause à un tabou
religieux.
Par
conséquent-
Le plus sur ressort de la fondation politique est l'ancrage
de la citoyenneté dans les mœurs, cet ancrage prenant la
forme d'une obligation religieuse dans la mesure où elle se
base, non pas sur la contrainte extérieure, mais sur l'intériorité
de la conscience.
Conclusion-
Nous voyons donc qu'au-delà de la question de sa rationalité,
la religion possède une fonction sociale que l'on peut
considérer comme l'établissement d'un rapport naturel à
une réalité artificielle et qui commande la soumission à
ses lois comme un impératif moral.
Or,
étant donné que les normes sociales auxquelles nous nous
soumettons spontanément nous apparaissent comme allant de
soi, et notamment celle de la liberté de pensée et du
libre examen rationnel, nous pouvons nous demander si la
question pour nous évidente: la religion a-t-elle encore
une fonction? n'est pas elle-même l'effet de notre
tradition particulière. De ce point de vue, celui qui
critique la religion au nom de la raison n'est-il pas lui-même
l'objet d'une détermination inconsciente? L'évidence de sa
critique de la religion n'est-elle pas le signe que son
discours est lui-même basé sur le même ressort que la
religion qu'il dénigre?
III-
Peut-on en finir avec la
religion?
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