|
° Rubrique Philo:
Capes-Agreg
-
Fiches
d'aide à la préparation au CAPES -
Rubrique
proposée et animée par François
Palacio
- Psychologie -
Sigmund Freud, 1856-1939
Essais de psychanalyse
Fiche
1 - Fiche
2 - Fiche
3 - Fiche
4 - Fiche
5 - Fiche
6 - Fiche
7 - Fiche
8 - Fiche
9 - Fiche
10 - Fiche
11 - Fiche
12 - Fiche
13
Site
Philagora, tous
droits réservés ©
__________________
Considérations
actuelles sur la guerre et sur la mort
(1915)
1.
La
désillusion causée par la guerre
Au
sein de chacune de ces nations avaient été établies, pour
l’individu, des normes morales élevées, auxquelles il
devait se conformer dans la conduite de sa vie, s’il
voulait trouver sa place dans la communauté civilisée. Ces
préceptes d’une rigueur souvent excessive exigeaient
beaucoup de lui, un grand effort de limitation de soi-même
et un large renoncement à la satisfaction pulsionnelle. Il
lui était avant tout refusé de se servir des avantages
extraordinaires que procure l’usage du mensonge et de la
tromperie dans la compétition avec son prochain.
(Mais)
les peuples civilisés se connaissent et se comprennent si
peu que l’un peut se retourner contre l’autre, plein de
haine et d’horreur.
Les peuples sont plus ou moins représentés par les
Etats qu’ils constituent, ces Etats par les gouvernements
qui les dirigent. Chaque ressortissant d’une nation peut,
dans cette guerre, constater avec effroi que l’Etat a
interdit à l’individu l’usage de l’injustice, non
parce qu’il veut l’abolir, mais parce qu’il veut en
avoir le monopole.
Il ne faut pas non plus s’étonner que le relâchement
de tous les rapports moraux entre les grandes individualités
collectives de l’humanité ait eu une répercussion sur la
moralité de l’individu, car notre conscience morale
n’est pas le juge inflexible pour lequel la font passer
les moralistes, elle est à l’origine angoisse
sociale et rien d’autre. Là où la communauté abolit
le blâme, cesse également la répression des appétits
mauvais, et les hommes commettent des actes de cruauté, de
perfidie, de trahison et de barbarie, dont on aurait tenu la
possibilité pour inconciliable avec leur niveau de
civilisation.
Les illusions se recommandent à nous par le fait
qu’elles nous épargnent des sentiments de déplaisir et
nous font éprouver à leur place la satisfaction.
En vérité, il n’y a aucune extermination du mal.
La recherche psychanalytique montre tout au contraire que
l’essence la plus profonde de l’homme consiste en
motions pulsionnelles qui sont de nature élémentaire, qui
sont identiques chez tous les hommes et tendent à la
satisfaction de certains besoins originels. Ces motions
pulsionnelles ne sont en soi ni bonnes ni mauvaises. Nous
les classons comme telles, elles et leurs manifestations, en
fonction de leur rapport avec les besoins et les exigences
de la communauté humaine.
Ces
motions primitives suivent le cours d’un long développement,
jusqu’à ce que leur activité manifeste soit permise chez
l’adulte. Elles sont inhibées, dirigées vers d’autres
buts et d’autres domaines, elles fusionnent les unes avec
les autres, changent d’objets, se retournent en partie
contre la personne propre.
|
|
Des
formations réactionnelles contre certaines pulsions
nous donnent l’illusion d’un changement du contenu
de celles-ci, comme si, de l’égoïsme provenait
l’altruisme, et de la cruauté la pitié. Ce qui
favorise ces formations réactionnelles, c’est que
certaines motions pulsionnelles se présentent presque
dès le début par couples d’opposés – phénomène
très remarquable, étranger à la conscience
populaire et que l’on appelle l’ambivalence
affective. Ce qu’il y a de plus facile à
observer et à saisir par la pensée, c’est le fait
qu’aimer avec force et haïr avec force se trouvent
se souvent réunis chez la même personne. La
psychanalyse ajoute à cela qu’il n’est pas rare
que les deux motions affectives opposées prennent la
même personne pour objet.
|
Le
remaniement des pulsions mauvaises est l’œuvre de deux
facteurs agissant dans le même sens, l’un interne
l’autre externe. L’influence exercée sur les pulsions
mauvaises – disons égoïstes – par l’érotisme,
besoin d’amour de l’homme pris dans son sens le plus
large, constitue le facteur interne. Du fait de
l’adjonction de composantes érotiques, les pulsions égoïstes
se changent en pulsions sociales.
Le facteur
externe est la contrainte imposée par l’éducation qui
représente les exigences de la civilisation ambiante et qui
est relayée par l’intervention directe d’un milieu
civilisé.
Au cours
de la vie d’un individu s’opère une constante
transposition de la contrainte externe en contrainte
interne.
Les motions pulsionnelles d’un autre homme échappent
évidemment à notre perception. Nous les déduisons de ses
actions et de son comportement, que nous rapportons à des
motifs, issus de la vie pulsionnelle.
Éducation et environnement n’ont pas seulement à
offrir des primes d’amour, mais oeuvrent aussi à l’aide
de primes d’une autre sorte, récompense et punition.
La société
civilisée qui exige qu’on agisse bien, sans se soucier du
fondement pulsionnel de l’action, a ainsi fait qu’un
grand nombre d’hommes obéissent à la civilisation sans
suivre en cela leur nature.
Ceux-ci
sont maintenant contraints à une constante répression
pulsionnelle et la tension qui en résulte se traduit par
les phénomènes de réaction et de compensation les plus
remarquables.
Que les grandes individualités humaines, les peuples
et les Etats, aient laissé tomber, les uns à l’égard
des autres, les restrictions d’ordre moral, c’est ce qui
les a incités de façon bien compréhensible à se
soustraire pour un temps à la pression exercée par la
civilisation et à accorder une satisfaction transitoire à
leurs pulsions réfrénées.
La seule façon de décrire cet état de choses à
nul autre pareil, c’est d’affirmer que tout stade antérieur
de développement subsiste à côté du stade ultérieur né
de lui ; la succession implique une coexistence, bien
que toute la série des transformations découle des mêmes
matériaux.
L’essence de la maladie mentale, c’est le retour
à des états antérieurs de la vie affective et de la
fonction.
Sans aucun
doute, les influences exercées par la guerre sont au nombre
des forces capables de produire un tel retour en arrière et
c’est pourquoi nous n’avons pas à considérer comme
inaptes à la civilisation tous ceux qui actuellement ne se
comportent pas en hommes civilisés et il nous est permis
d’espérer qu’en des temps plus tranquilles
l’ennoblissement de leurs pulsions se rétablira.
Peut-être
ces peuples répètent-ils le développement des individus
et se présentent-ils à nous, aujourd’hui encore à des
stades très primitifs sur la voie de l’organisation, de
la formation d’unités supérieures.
Vers
2.
Notre relation à la
mort
°
Rubrique Philo: Capes-Agreg
|