° Rubrique Philo: Capes-Agreg

- Fiches d'aide à la préparation au CAPES -
Rubrique proposée et animée par  François Palacio

- Épistémologie

E. Boutroux. De la contingence des lois de nature  (1874)

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Introduction

 La première phase de la science est celle où l’esprit se repose sur les sens du soin de constituer la connaissance universelle. Et les sens lui fournissent en effet une première conception du monde. Selon leurs données, le monde est un ensemble de faits d’une infinie variété. L’homme peut les observer, les analyser, les décrire avec une exactitude croissante. La science est cette description même. Quant à un ordre fixe entre les faits, il n’en est pas question : les sens ne font voir rien de tel. C’est le hasard, ou le destin, qui président à l’univers.

Cependant, tout en observant les faits, l’esprit remarque entre eux des liaisons constantes. Il voit que la nature se compose, non de choses isolées, mais de phénomènes qui s’appellent les uns les autres. Il constate que la contiguïté des phénomènes, au point de vue des sens, n’est pas un sûr indice de leur corrélation effective. Il voudrait pouvoir ranger les phénomènes, non dans l’ordre où ils lui apparaissent, mais dans l’ordre où ils dépendent effectivement les uns des autres.

L’entendement, placé ainsi au-dessus des sens, prétend d’abord se passer d’eux et construire, à lui seul, la science du monde. Il lui suffira de prendre pour point de départ celles de ses idées qui lui apparaissent comme évidentes par elles-mêmes, et de les développer d’après ses propres lois. Devant l’impossibilité de constituer la science à lui tout seul, l’entendement consent à faire une part aux sens. Les uns observeront les faits, l’autre les érigera en lois.

Ch. I- De la nécessité

 Le problème dont il s’agit est, en réalité, celui-ci : à quel signe reconnaît-on la nécessité relative, c’est à dire l’existence d’un rapport nécessaire entre deux choses ?
Le type le plus parfait de l’enchaînement nécessaire est le syllogisme, dans lequel une proposition particulière est montrée comme résultant d’une proposition générale, parce qu’elle y est contenue, et qu’ainsi elle  était implicitement affirmée au moment où l’on affirmait la proposition générale elle-même. Le syllogisme n’est, en somme, que la démonstration d’un rapport analytique existant entre le genre et l’espèce, le tout et la partie.

On ne peut parvenir, par le syllogisme, à la démonstration d’une nécessité réelle, que si l’on rattache toutes les conclusions à une majeure nécessaire en soi. Cette opération est-elle compatible avec les conditions de l’analyse ?

Au point de vue analytique, la seule proposition entièrement nécessaire en soi est celle qui a pour formule A = A. Toute proposition dans laquelle l’attribut diffère du sujet laisse subsister un rapport synthétique comme contre partie du rapport analytique. Le syllogisme peut-il ramener les propositions synthétiquement analytiques à des propositions purement analytiques.

La copule et, que l’on emploie dans les propositions ordinaires, n’est peut-être pas sans rapport avec le signe = 
Elle signifie, en se plaçant au point de vue de l’extension des termes, que le sujet n’exprime qu’une partie de l’attribut, partie dont on n’indique pas la grandeur relative.
Le progrès de la science consiste à déterminer plus exactement et plus complètement les espèces contenues dans les genres, en sorte que, dans une science achevé, le signe = aurait partout remplacé la copule et.

L’interposition d’un moyen terme M entre deux termes S et P a pour effet de partager en deux l’intervalle qui résulte de leur différence d’extension. On interposera de même des moyens termes entre S et M, entre M et P, et ainsi de suite jusqu’à ce que les vides soient entièrement comblés. Le passage de S à P sera alors insensible. En poursuivant ce travail, on ira rejoindre l’essence suprême A, et tout y sera rattaché par un lien de continuité.

L’expérience, qui ne fournit aucune connaissance universelle dans l’espace et dans le temps, et qui fait seulement connaître les rapports extérieurs des choses, peut bien nous révéler des liaisons constantes, mais non des liaisons nécessaires. Il faut donc, avant tout, qu’une synthèse soit connue a priori pour qu’elle soit susceptible d’être nécessaire.

Un jugement synthétique est subjectivement nécessaire, s’il est posé a priori ; mais, pour qu’il soit, au point de vue des choses, un signe de nécessité, il faut, en outre, qu’il affirme un rapport nécessaire entre les termes qu’il rapproche. Une majeure qui énoncerait un rapport contingent transmettrait ce caractère à toutes ses conséquences. Or les rapports objectifs qui peuvent exister entre deux termes se ramènent à quatre : les rapports de cause à effet ; de moyen à fin ; de substance à attribut ; et de tout à partie. Les rapports de substance à attribut et de tout à partie peuvent se ramener à la causalité et à la finalité réciproques. Il ne reste donc, en définitive, que les rapports de causalité et de finalité.

Or on ne peut dire d’aucune fin qu’elle doive nécessairement se réaliser. Car nul événement n’est, à lui seul,  tout le possible. Il y a, au contraire, une infinité de possibles autres que l’événement qu’on considère.

Il n’en est pas de même de la production d’un effet par sa cause, si le mot cause est pris dans le sens strict de force productrice. La cause proprement dite n’est telle que si elle engendre un effet. De plus, elle agit uniquement en vertu de sa nature, et n’a aucun égard à la valeur esthétique ou morale du résultat.

Et maintenant, cette conception elle-même est-elle définitive ? La science que peut créer l’entendement opérant sur les données des sens est-elle susceptible de coïncider complètement avec l’objet à connaître ?
Cette catégorie de liaison nécessaire, inhérente à l’entendement, se retrouve-t-elle dans les choses elles-mêmes ? Les causes se confondent-elles avec les lois, comme le suppose, en définitive, la doctrine qui définit la loi un rapport immuable ?
Mais s’il arrivait que le monde donné manifestât un certain degré de contingence véritablement irréductible, il y a aurait lieu de penser que les lois de la nature ne se suffisent pas à elles-mêmes et ont leur raison dans des causes qui les dominent : en sorte que le point de vue de l’entendement ne serait pas le point de vue définitif de la connaissance des choses.

 

 vers:  Ch. II- De l’être

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