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- Psychologie -

"Cinq leçons de psychanalyse" - S. Freud (1909 – trad. 1924)

Pages: 1 - 2 - 3 - 4 -

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Cinquième leçon - Nature et signification des névroses. La fuite hors de la réalité. Le refuge dans la maladie. La régression. Relations entre les phénomènes pathologiques et diverses manifestations de la vie normale. L’art. Le transfert. La sublimation.

  Nous voyons que les hommes tombent malades quand, par suites d’obstacles extérieures ou d’une adaptation insuffisante, la satisfaction de leurs besoins érotiques leur est refusée dans la réalité. Nous voyons alors qu’ils se réfugient dans la maladie, afin de pouvoir, grâce à elle, obtenir les plaisirs que la vie refuse.

  Ce n’est pas seulement le moi du malade qui se refuse énergiquement à abandonner des refoulements qui l’aident à se soustraire à ses dispositions originelles ; mais les instincts sexuels eux-mêmes ne tiennent nullement à renoncer à la satisfaction que leur procure le substitut fabriqué par la maladie, et tant qu’ils ignorent si la réalité leur fournira quelque chose de meilleur.

  La régression a deux aspects : d’une part, elle reporte l’individu dans le passé, en ressuscitant des périodes antérieures de sa libido, de son besoin érotique ; d’autre part, elle suscite des expressions qui sont propres à ces périodes primitives.

  Aussi sous la pression de nos refoulements intérieurs, entretenons-nous au-dedans de nous toute une vie de fantaisie qui, en réalisant nos désirs, compense les insuffisances de l’existence véritable.

  S’il possède le don artistique, psychologiquement si mystérieux, il peut, au lieu de symptômes transformer ses rêves en créations artistiques. Ainsi échappe-t-il au destin de la névrose et trouve-t-il par ce détour un rapport avec la réalité.  

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 La névrose remplace, à notre époque, le cloître où avaient coutume de se retirer toutes les personnes déçues par la vie ou trop faibles pour la supporter. Les névroses n’ont aucun contenu psychique propre qui ne se trouve aussi chez les personnes saines, ou comme l’a dit Jung, que les névrosés souffrent de ces mêmes complexes contre lesquels nous aussi, hommes sains, nous luttons. Il dépend des proportions quantitatives, de la relation des forces qui luttent entre elles, que le combat aboutisse à la santé, à la névrose ou à des productions sur-normales de compensation.

Chaque fois que nous traitons psychanalytiquement un névrosé, ce dernier subit l’étonnant phénomène que nous appelons transfert. Cela signifie qu’il déverse sur le médecin un trop-plein d’excitations affectueuses, souvent mêlées d’hostilité, qui n’ont leur source ou leur raison d’être dans aucune expérience réelle ; la façon dont elles apparaissent, et leurs particularités, montrent qu’elles dérivent d’anciens désirs du malade devenus inconscients. Ce fragment de vie affective qu’il ne peut plus rappeler dans son souvenir, le malade le revit aussi dans ses relations avec le médecin ; et ce n’est qu’après une telle reviviscence par le transfert qu’il est convaincu de l’existence comme de la force de ses mouvements sexuels inconscients.

  Le transfert s’établit spontanément dans toutes les relations humaines, aussi bien que dans le rapport de malade à médecin. La psychanalyse ne le crée donc pas ; elle le dévoile seulement et s’en empare pour orienter le malade vers le but souhaité.

 Voyons maintenant ce que deviennent les désirs inconscients libérés par la psychanalyse. Par quels moyens peut-on les rendre inoffensifs ? Nous en connaissons trois?
Il arrive le plus souvent, que ces désirs soient simplement supprimés par la réflexion, au cours du traitement. Ici le refoulement est remplacé par une sorte de critique ou de condamnation.

  Le deuxième moyen, par lequel la psychanalyse ouvre une issue aux instincts qu’elle découvre, consiste à les ramener à la fonction normale qui eût été la leur, si le développement de l’individu n’avait pas été perturbé. Nous connaissons encore une issue, meilleure peut-être, par où les désirs infantiles peuvent manifester toutes leurs énergies et substituer au penchant irréalisable de l’individu un but supérieur situé parfois complètement en dehors de la sexualité : c’est la sublimation.

  Voici enfin la troisième des conclusions possibles du traitement psychanalytique : il est légitime qu’un certain nombre des tendances libidinales refoulées soient directement satisfaites et que cette satisfaction soit obtenue par les moyens ordinaires. Notre civilisation qui prétend à une autre culture rend en réalité la vie trop difficile à la plupart des individus et, par l’effroi de la réalité, provoque des névroses sans qu’elle ait rien à gagner à cet excès de refoulement sexuel. Ne négligeons pas tout à fait ce qu’il y a d’animal  dans notre nature.

 

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