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BAC FRANÇAIS par J. Llapasset

Rousseau Confessions (Première partie livre premier)

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"Que la trompette du Jugement dernier sonne quand elle voudra; je viendrai ce livre à la main me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement: "Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été: j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables: qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité; et qu'un seul te dise, s'il l'ose: "Je fus meilleur que cet homme là."".
Rousseau, Confessions - Troisième alinéa. 

"Je viendrai" Certitude de l'indicatif futur. Démarche personnelle de Rousseau.

"Ce livre" Qu'il est en train d'écrire en témoignage de la vérité et de sa sincérité.

"A la main" celle même qui a écrit.

"me présenter" Paraître devant, me faire connaître, mais aussi venir se proposer au jugement de quelqu'un: le Souverain juge qui juge sans appel, qui n'a personne au-dessus de lui, qui a sa raison d'être en soi.

"Hautement" avec fierté, à vois haute, sans crainte.

"J'ai fait ... j'ai pensé ... je fus" notez que l'attitude de Rousseau devant Dieu n'est pas celle de la contrition chrétienne qui espère le pardon. L'auteur ne cherche pas à être pardonné. Il se présente face à face, sans intermédiaire, et parle fièrement, certain de la pureté de ses intentions. pour Rousseau ce qui compte c'est l'intention: se confesser c'est simplement se présenter tel qu'il a été, sans aucune honte: ce qu'il a pensé et ce qu'il a fait, c'est à dire ce qu'il a été. Ce qu'il a dit a toujours été sous la lumière d'une intention: dire vrai, dire le bien et le mal. Il a dit ce qui était mauvais dans sa vie et lorsqu'il parlé de sa  bienveillance  il n'a pas exagéré cette bienveillance: autant dire qu'il a été sincère. Dans la rédaction de son livre, il n'a jamais menti: lorsque sa mémoire lui a fait défaut, il a orné le livre de beauté. Cette beauté n'a jamais offusqué la vérité de ses propos. Il a toujours dénoncé le faux, ne l'a jamais confondu avec le vrai même lorsqu'il a formulé des hypothèses. La pureté de ses intentions le justifie: ce n'est pas un pêcheur qui se présente à Dieu.

"Je me suis montré" Il n'a jamais cherché à paraître meilleur que ce qu'il était: il n'a pas caché ce qui l'a rendu digne de mépris ou même ses lâchetés: il a aussi été "bon ... généreux ... sublime". Notez la gradation de la simple bienveillance à celui qui est digne d'admiration, parce que le plus élevé dans l'ordre moral, en passant par la générosité de celui qui a su se priver pour les autres, sacrifié son intérêt personnel. Ainsi Rousseau lève le voile, se découvre.

"Dévoilé" Il s'est montré tel qu'en lui même, tel que Dieu le voit, dans toute la vérité de la nature, selon son intériorité et sa chair.
On demandera peut-être: pourquoi se dévoiler si Dieu sait déjà ce qui va être découvert? c'est que Rousseau s'adresse aussi à ses semblables et, en réalité, au lecteur qu'il a pris un peu plus haut pour juge:
"Ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu". Ainsi l'intention de Rousseau est de se justifier, devant tous, des accusations portées injustement contre lui. Il n'a peut-être pas toujours dit la vérité mais ses erreurs ne sont pas des fautes car il n'a pas eu l'intention de tromper. Tout au plus, il a parfois affirmé être vrai ce qu'il supposait être vrai: en somme il n'a fait que croire, affirmer plus que ce que son intelligence lui dictait. Il a eu des opinions qu'il a amplifiées, ce qui n'est pas une faute volontaire contre la vérité.

On peut se demander pourquoi les semblables amassés gémissent et éprouvent de la honte? Parce qu'ils se reconnaissent dans leur propre conduite, celles qui sont méprisables et indignes, celles que Rousseau a le courage de confesser. Voilà pourquoi aucun n'osera dire qu'il a été meilleur devant Dieu.

A la fin du texte nous lisons un défi que jette Rousseau à ses semblables. Cela nous permet de mieux comprendre le but des Confessions. Humilier ceux qui l'ont humilié. Si personne ne peut oser dire qu'il a été meilleur, c'est que dans l'humilité chacun éprouve de la honte. Il a mis les choses au point ! Nous découvrons aussi dans ce défi que chez Rousseau la honte s'accompagne toujours de fierté. C'est une humilité qui ne va jamais sans orgueil. Plus il s'abaisse, plus il s'élève.
Du début à la fin du texte, nous trouvons l'humilité et l'arrogance associées.

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