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BAC FRANÇAIS par J. Llapasset

 Le roman et ses personnages - Perspectives

- 1678 Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves

Le mouvement de l'existence

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Madame de Lafayette fait apparaître sa conception du personnage central de l'œuvre, La Princesse de Clèves, par le progrès du roman, son mouvement.

Au départ, nous avons une peinture, une esquisse de portrait vague et hâtive de la jeune mademoiselle de Chartres, avant qu'elle n'épouse monsieur de Clèves, portrait conventionnel pour tout dire et vide: le jeune fille n'ayant pas encore "vécu" ne présente que quelques traits exigés par son éducation. C'est la meilleure manière de préserver la vie, l'existence, la liberté de la jeune fille. Aux yeux de l'auteur, il importe avant tout qu'elle soit imprévisible, que la conscience centrale de son oeuvre ne soit rien avant d'exister et puisse vivre pleinement son humanité, en exerçant sa raison et le calcul.

 Elle ne cherche pas à paraître. A part cela le caractère que brosserait un portrait limiterait sa liberté et tuerait le roman car il n'y aurait plus rien à raconter si tout était prévisible. Le roman serait réduit à un déroulement déductif, à la froide objectivité d'une "histoire", pour tout dire à la mort.

La Princesse, pour que le roman soit un roman, ne peut donc que déborder son portrait grâce à des analyses et à des décisions qui sont autant d'inventions d'elle même, ce qui lui permet progressivement de prendre la place centrale du roman, centrale parce que, elle seule, est Sujet dans un monde qui la nie en lui donnant des occasions tout en lui refusant le droit de les satisfaire.

Comme toute existence, la Princesse de Clèves n'est rien qu'un mouvement de la conscience, de la pensée, par lequel elle se construit: elle se choisit en choisissant sa route. Une essence, une définition, ne saurait la précéder sans la déterminer et ferait du roman un simple jeu de masques, ou si l'on préfère d'automates de cours. 

Le personnage sera donc toujours ce qu'il se fait, même s'il fait sa paix au prix du bonheur. Si la Princesse manque à la sincérité, sa fidélité même deviendra suspecte et elle peut sombrer dans la mauvaise foi. Au début du roman, l'héroïne n'est rien, c'est pour cela qu'un roman est possible, un roman qui n'est pas donc pas comparable à une tragédie.
A la tragédie, madame de Lafayette répond par la puissance du roman. La Princesse n'est pas ce qu'on croit qu'elle est et elle deviendra autre que ce qu'elle est.
 
Ce n'est pas un tableau qui nous est fait, c'est une existence qui nous est contée, celle d'un personnage fictif qui n'est pas tiré de l'histoire.

On peut dire que, en un sens, de manière consciente et décidée, Madame de Lafayette produit un effet de vie en faisant en sorte que l'existence déborde sans cesse une esquisse qui ne porte les traits que d'une bonne éducation. En cela, elle participe à la fondation du roman.

Comme une existence libre qui déborde sans cesse le portrait que l'on aurait pu en faire, comme un être qui vit sa propre vie, madame de Lafayette voit donc son personnage.

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