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BAC FRANÇAIS par J. Llapasset

 Le roman et ses personnages - Perspectives

- 1678 Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves

Comment se voit-elle? Comment l'auteur la voit-elle?

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Comment le personnage de madame de Clèves se voit-il lui même
Comme un être raisonnable sensiblement affecté, devant choisir entre l'ordre de la raison et le désordre du sentiment.
Par l'analyse, elle découvre en effet sa dépendance du sentiment mais elle prend aussi conscience de sa dignité, de sa liberté morale, non pas la liberté de se débarrasser du sentiment. Elle est clouée à lui jusqu'aux dernières pages du roman, mais sa liberté de le maîtriser en l'objectivant et en décidant de soumettre ses actions à l'ordre de la raison: sa force ne lui permet pas de supprimer le sentiment, de faire qu'elle ne désire plus monsieur de Nemours, mais sa force tient à ce qu'elle peut décider, ne pas laisser le sentiment décider à sa place. 

Madame de Clèves se voit donc sous l'angle du devoir comme un Sujet auteur de ses pensées et de ses actions, grâce à l'analyse dans laquelle la raison et le calcul s'exercent pleinement pour produire des idées claires et distinctes, ce qui est la conditions d'une décision éclairée.

Comment madame de Lafayette voit-elle son personnage?
Comme une personne différente d'elle, comme une existence libre qui déborde tous les portraits, toutes les définitions que l'on aurait pu faire d'elle.
Madame de Clèves est différente de madame de Lafayette. D'une part, le personnage ignore ce que l'auteur sait, d'autre part, madame de Lafayette ne sait pas toujours ce que La Princesse de Clèves pense. Cela a pour effet de détacher le personnage du narrateur, de lui donner une épaisseur, une vie propre, une vie personnelle.
La narratrice en sait plus que l'héroïne n'en sait au premier abord. Par exemple que la lettre n'appartient pas à monsieur de Nemours: la jalousie n'a pas donc pas lieu d'être.

Parfois madame de Lafayette ignore les motivations de la Princesse, ce qui donne une profondeur au personnage. Quelle est la motivation de la Princesse lorsqu'elle fait porter un tableau sur lequel figure monsieur de Nemours? La narratrice fait des conjectures comme si le personnage gardait une profondeur, un mystère qui exigeait le respect, la politesse. 

En détachant explicitement la créature et le créateur, Madame de Lafayette donne la vie et la dignité. "Peut-être souhait-elle autant qu'elle le craignait d'y trouver monsieur de Nemours..." C'est bien la politesse qui est exercée envers le personnage, la politesse qui ne dit jamais crûment, mais qui suggère.

D'ailleurs il est fréquent que le récit du narrateur s'efface et laisse la place à ce que l'âme du personnage comprend. D'où ces fréquentes transformations du récit en monologues qui plongent le lecteur dans la subjectivité du personnage, ce qui est une manière de peindre la vie.

Comme nous jugeons autrui, ainsi Madame de Lafayette réagit à la passion de son personnage en faisant part de ses commentaires, en fonction de références morales de l'étiquette, des traditions, de la bienséance qui, aux yeux de la narratrice, doivent toujours triompher, selon un ordre qui est bon, sur les fumées de la passion, l'indécence et la choquante liberté d'une vie naturelle.

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