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BAC FRANÇAIS par J. Llapasset

Convaincre, persuader, délibérer: l'essai, la fable, le conte philosophique

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L'argumentation. On distingue l'argumentation directe et l'argumentation indirecte.

L'argumentation directe: son modèle est la démonstration: on enchaîne une suite de déduction d'un point de départ à une conclusion, de telle manière que le lecteur, pour peu qu'il ait admis le point de départ, doit nécessairement admettre la conclusion. En littérature, ce qui lui correspond c'est le raisonnement logique par lequel on cherche à convaincre. 
Bien entendu tout s'appuie sur le point de départ: tout
 raisonnement nécessaire est donc hypothético-déductif (= d'une hypothèse on déduit la nécessité d'une conclusion, géométrie d'Euclide). Mais, la démonstration ne triomphe que dans ce type de raisonnement. Tout ce qui n'est pas formel ne saurait donc être démontré, au sens absolu du terme.

L'argumentation indirecte, au contraire, déploie un ensemble de procédés rationnels et oratoires que l'on doit mettre en oeuvre pour tenter de faire admettre par le lecteur une thèse probable, plausible, vraisemblable. On l'appelle indirecte car elle utilise d'autres moyens que le pur raisonnement logique, par exemple un dialogue, ou encore un récit.
Dans le texte d'un auteur les deux aspects, convaincre et persuader, sont, le plus souvent étroitement imbriqués. Ils se distinguent en ce que celui qui cherche à convaincre se tourne vers tous (universalité) et celui qui cherche à persuader s'adresse à l'émotion, aux sentiments, c'est à dire à chaque lecteur comme à un lecteur particulier.
 

Exercice possible: reprendre le discours de Madame de la Sablière et repérer ce qui relève du raisonnement logique (argumentation directe) et ce qui relève de la persuasion (argumentation indirecte)

Si on argumente c'est que la thèse ou la détermination d'une conduite ne s'impose pas par un raisonnement déductif et nécessaire. Il s'agit d'utiliser des procédés pour entraîner, pour persuader. (exemple, Les animaux malades de la peste )

Délibérer. Classiquement on distingue dans l'acte volontaire trois phases indissociables.
- La conception
- La délibération
- La décision

La conception est l'idée que l'on a, qui entraîne une affirmation théorique ou une détermination pratique (ce que je dois faire).
Exemple: je quitte le lycée un mois avant le Bac pour réviser.

La délibération, consiste à "balancer", peser les raisons pour et les raisons contre d'agir ainsi. 
Exemple: D'un côté il est préférable de terminer le programme dans une ambiance studieuse/ d'un autre côté ce sera peut-être plus efficace de bien revoir avec attention et sans distraction (!) , à la maison.

Si cette "pesée" qui permet une comparaison des motifs de se déterminer ou de ne pas se déterminer, met en évidence la supériorité du pour ou celle du contre, délibérer peut aboutir à une décision. On coupe court, on prend partie, on se détermine. Cela revient à prononcer un jugement.
Comme un bon juge écoute les arguments des parties adverses, les intériorise dans un discours intérieur et délibère en les pesant, ainsi se conduit celui qui délibère. C'est le même qui interroge et qui répond dans une pensée qui est un dialogue intérieur. 

Délibérer consiste donc à s'efforcer, à faire que le lecteur intériorise ce que le texte lui propose. Cela n'a pas la brutalité de la démonstration mais doit plaire, s'insinuer pour ainsi dire.
Délibérer suppose le raisonnement, l'argumentation rationnelle, mais comme cela ne suffit pas à établir la thèse, il faut persuader le lecteur c'est à dire l'amener à adopter librement la détermination finale proposée par l'auteur, à en faire sa décision. Délibérer implique donc  un discours qui plaît pour ne pas vider le théâtre ou lasser le lecteur.

Nous pouvons étudier cela dans trois textes qui vous seront prochainement présentés: extraits d'un essai d'une fable, et d'un conte philosophique.
=> Pour convaincre et persuader, ceux qui veulent approfondir peuvent suivre ce lien. Convaincre et persuader.

Note: Convaincre, persuader, et ... suggérer!

  • Oui-oui: Qu'est-ce que tu essaies de me suggérer? Que j'ai été manipulé?

    Hibou: C'est toi qui l'as dit, c'est toi qui l'a découvert. D'après toi dans quelle profession Victor réussira? Le philosophe Alain dirait: commerçant dans sa boutique, avocat devant des juges, religieux devant des fidèles ...

    Oui-oui: Publicitaire ! (après un silence) Professeur!

    Hibou: Gagné.

    Oui-oui: Maintenant, à moi de te mettre dans l'embarras, de te mettre au défi, choisis entre convaincre et persuader: s'adresser à l'esprit ou à la volonté?

    Hibou: J'ai beaucoup mieux que convaincre et persuader: suggérer.
    Avec la discrétion, on s'introduit par la petite porte de l'esprit, comme par un poème. Pour Mallarmé le suggérer, c'est le rêve ! La vérité se dit dans un dévoilement qui se voile: présenter une idée ou une action à faire en sorte que seule une reprise de l'auditeur ou du lecteur  pourra la faire apparaître explicitement: qu'il se reconnaisse en la reconnaissant comme sienne.

    Oui-oui: Mais c'est du grand art! 

    Hibou: La maïeutique sied à la pensée: car la liberté d'autrui ne se laisse jamais oublier et l'essence de la pensée c'est la liberté. Vérité et liberté, naissance commune.

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