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Francis Ponge

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l' "Analogie de la guêpe et du tramway" 

de Francis PONGE

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Dialogue entre Oui-ouiver.gif (4453 octets) et le Hibou 

«Analogie de la guêpe et du tramway électrique. Quelque chose de muet au repos et de chanteur en action. Quelque chose aussi d'un train court, avec premières et secondes, ou plutôt motrice et baladeuse. Et trolley grésilleur. Grésillante comme une friture, une chimie (effervescente).

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Et si ça tombe, ça pique. Autre chose q'un choc mécanique: un contact électrique, une vibration lumineuse.
Mais son corps est plus mou -- c'est à dire en somme plus finement articulé -- son vol plus capricieux, imprévu, dangereux que la marche rectiligne des tramways déterminée par les rails.»
-Francis Ponge dans "la Rage de l'expression" (Poésie/Gallimard p.16)

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Hibou: l'analogie c'est quand il y a ressemblance sur fond de différences. Si tu veux c'est une forme imparfaite de ressemblance, une ressemblance rêvée imaginée:
c'est à la fois la voie royale de celui qui cherche l'intelligible dans le sensible et une impasse. La métaphore est une analogie.

Oui-oui: je comprends: Ponge n'est pas dupe de son parti pris de réconcilier le   sensible et l'intelligible. Mais comment comparer l'utile véhicule à l'inutile guêpe?

Hibou: Parce que utile et inutile ne sont que l'expression de tes besoins, d'un aspect de ton moi. Or Ponge veut en venir à l'objet lui-même, "l'objet sans moi" écrit-il (La rage de l'expression Gallimard page 76, 77).
   D'ailleurs qui te dit que la guêpe n'est pas utile aux fleurs, à la nature?
Maintenant prenons ce texte non comme un cadavre disséqué au bistouri des champs lexicaux,
mais comme un objet qui a tous les droits.

Oui-oui: Bien dit, autant pour ceux qui massacrent les poèmes. Ponge utilise son corps: dans les deux cas, la guêpe comme le tramway, c'est une chose qui devient.

Hibou: A quoi l'entends-tu?

Oui-oui: une succession dans le temps, une différence:
           un silence et un chant, le rythme de la vie, comme repos et action.

Hibou: A quoi le vois-tu?  tram1.jpg (2681 octets) tram.gif (1963 octets)tram1.jpg (2681 octets)

Oui-oui: un "train court", une articulation en deux éléments, une tête motrice et un corps. L'analogie c'est un terme qui semble bien convenir aux deux choses.

Hibou: Qu'entends-tu?

Oui-oui: Dans les deux cas, un "grésillement".
          Mais que vient faire la chimie?

Hibou: C'est le génie de Ponge, son "goût violent des choses et des progrès de l'esprit",
et aussi son parti pris: trouver dans le sensible un tremplin pour l'esprit, pour que "l'esprit y gagne, fasse, à son propos quelques pas nouveaux..."
(La rage de l'expression Gallimard page 11)

Oui-oui: Il réduit la vie à un mécanisme? à de la chimie?

Hibou: Plutôt à de la chimie: à la lettre, l'effervescence c'est le bouillonnement d'un liquide au contact de certaines substances. Mais que sens-tu encore?

Oui-oui: Maintenant c'est le contact avec ma peau: ressemblance: ça pique, différence: la guêpe me touche, je touche le tramway.

Hibou: Ponge laisse apprécier l'analogie en juxtaposant le toucher et la vue. Que te dis le "mais"?

Oui-oui: Il introduit les limites de l'analogie j'écrase la guêpe, le tramway ...

Hibou: L'esprit fait pourtant un pas nouveau en rétablissant l'analogie,
par une hypothèse présentée comme une affirmation. Après tout théorie signifie: vue sur.
L'articulation est simplement plus complexe chez la guêpe,
voilà pourquoi, elle semble plus molle que le tramway.
C'est le retour à la thèse matérialiste. Que vois-tu maintenant? 

Oui-oui: L'un et l'autre en action: au vol (à la danse?) s'oppose la marche besogneuse, aux caprices de la spontanéité s'oppose le droit, à la liberté naturelle, le déterminisme voulu par l'homme, à l'imprévisible le prévisible.

Hibou: Autant dire que Ponge renonce à "arranger les choses" et essaie simplement
d'aller le plus loin possible dans ce qu'il sait être une impasse: expliquer par analogie (sans renoncer au sensible) pour arriver à l'explication vraie: c'est pourtant la seule voie, parce que
l'intelligible vibre au coeur du sensible et que le sensible n'est tel, pour nous, que par l'intelligible.

Oui-oui: Si j'ai bien compris Ponge prend le parti d'accepter sa condition d'homme, être raisonnable sensiblement affecté, de ne jamais s'en détourner vers d'ignobles idées, de bien la vivre.

Hibou: c'est toi qui l'as dit. En ce sens Ponge affirme que "l'homme est l'avenir de l'homme" (Le parti pris des choses. Gallimard page 218)

Ce texte (Août 1943) vient un an après la parution de l'oeuvre d'Albert Camus:
"Le Mythe de Sisyphe" dont le manuscrit avait été communiqué à Francis Ponge dès 1941. Dans un écrit du 27 Août 1941 (Le parti pris des choses Gallimard, page 181 à 185), Ponge opère le dépassement du point de vue de Camus:
"L'homme nouveau... considèrera comme définitivement admise l'absurdité du monde... et pourra s'occuper d'autre chose sans déchoir" (page 185).

Autre chose, comme par exemple obtenir "des succès, des résultats... il y a des succès relatifs d'expression. La sagesse est de se contenter de cela, de ne pas se rendre malade de nostalgie" (page 182).

Ainsi c'est une réduction à la vie sur la terre dans un monde dont le sens  relève de l'homme et de son souci d'ajuster ce qu'il dit à ce qui est dans une responsabilité totale parce que "la nature n'existe que par l'homme"
(Le parti pris des choses. Gallimard page 211)

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