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Alors que, dans le poème précédent, le long défilé des malheureux en déroute n'offre pas de composition très rigoureuse, l'évocation du célèbre désastre présente un plan clair:

1) introduction,   2) récit,   3) tourment de Napoléon.

__________________

1) L'introduction.

" Waterloo!..." 
Ces trois consonnes, qui résonnent comme un glas au cœur de tout Français, fût-il antibonapartiste, sont répétées trois fois de suite au premier vers et reprises au sixième, "O Waterloo!", pour prendre à témoin les lieux de la défaite ("ton cirque de bois...") et, par l'incantation, faire ressurgir les terribles moments.
La lourde tristesse, qu'elles éveillent est prolongée par "morne plaine", "pâle mort", "sombres bataillons", "Dieu trompait l'espérance", "le sort était las", "je pleure", "hélas!".

WATERLOO

  • En même temps, se placent:
    le cadre:
    "une onde"(il s'agit des ondulations du terrain),
    un "cirque de bois, de coteaux, de vallons"

  • l'enjeu: "D'un côté c'est l'Europe et de l'autre la France Nous songeons aux "vingt rois..." de la première coalition et à nos vaillants soldats de l'an deux, ce sont ceux-là mêmes, qui "avaient vaincu toute la terre" et dont l"âme chantait dans les clairons d'airain". Mais le passé simple: ils "furent grands", nous avertit que le sort a tourné.

2) Le récit.

Les espoirs éveillés au premier mouvement de la narration (v.13-20, ou 81-87) par les imparfaits d'action inachevée:
"il avait l'offensive", "il tenait Wellington", "il observait",
sont brusquement brisés par l'événement au passé simple:
"soudain, joyeux, il dit: Grouchyl"
et, sans transition, par la terrible surprise:
"c'était Blucher".

Dès lors, c'est le désastre, en trois phases distinctes: mêlée meurtrière, sacrifice de la Garde, déroute.

Les termes militaires ou réalistes donnent sa vérité à la narration:

"la batterie anglaise écrasa nos canons", 'les drapeaux déchirés frissonnaient", "les cris des mourants qu'on égorge", "les régiments... tombaient", "les haut tambours-majors aux panaches énormes", "derrière un mamelon la Garde était massée", "lanciers, grenadiers..., dragons... cuirassiers, canonniers ... portant le noir colback ou le casque poli"...

Il faudra l'excuse d'une intervention épouvantable, celle de la Déroute, sur laquelle nous reviendrons, pour que Victor Hugo se résigne à évoquer la honteuse déroute de ses chers "vétérans", qui
"à travers champs, fous, éperdus, farouches...
Roulant dans les fossés, se cachant dans les seigles, Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les aigles... Tremblaient, hurlaient, pleuraient, couraient!
"

3) Le tourment de Napoléon.

Il semble assister passif à la défaite, il en fait le constat, et accepte le verdict divin: il sent "confusément revenir son remords", "levant les mains au ciel, il dit "...

"Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère?"

La réponse le laisse, comme le lecteur, dans l'attente: "non!"
Tout au long du poème, des termes affectifs, sollicitent le lecteur ou orientent son émotion:

exclamations:

"choc sanglant!", "carnage affreux! moment fatal!", "hélas!"(dit trois fois), "dormez, morts héroïques!", "affront! horreur!", "Ô deuil!".

mots lugubres:

"sombres" (utilisé à trois reprises), "champ sinistre", "plateau funèbre"

mots valorisants:

"héros", "stoïques", "géants".

des répétitions produisent des effets d'échos, d'opposition:

"L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme". "La Garde, espoir suprême et suprême pensée".
"Sauve qui peut! Sauve qui peut!"

des allégories et des personnifications

"la mêlée en hurlant grandit", "cette plaine vit fuir...", "Waterloo... tremble encore d'avoir vu"...
"La Déroute, géante à la face effarée,... Sauve qui peut!"

images et de comparaisons montrent le caractère hallucinant de la lutte

"lutte ardente et noire", "flamme", "flamboyant, "fournaise", "fondre ...comme fond une cire au souffle d'un brasier", "l'horizon sombre comme la mer", "Napoléon les vit s'écouler comme un fleuve "régiments de granit et d'acier", "l"empire s'est brisé comme verre"

Et, cette vision où se résout la glorieuse épopée: en un clin d'œil,
"Comme s'envole au vent une paille enflammée,
S'évanouit ce bruit qui fut la grande armée".

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