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Texte de Alain 

"...La conscience est le savoir revenant sur lui-même..."

Page 1 et page 2

Site Philagora, tous droits réservés

_______________________________________________________

"La conscience est le savoir revenant sur lui-même et prenant pour centre la personne humaine elle-même, qui se met en demeure de décider et de se juger. Ce mouvement intérieur est dans toute pensée; car celui qui ne dit pas finalement: "Que dois-je penser? " ne peut être dit penser. La conscience est toujours implicitement morale; et l'immoralité consiste toujours à ne point vouloir penser qu'on pense, et à ajourner le jugement intérieur. On nomme bien inconscients ceux qui ne posent aucune question d'eux-mêmes à eux-mêmes. Ce qui n'exclut pas les opinions sur les opinions et tous les savoir-faire, auxquels il manque la réflexion, c'est-à-dire le recul en soi-même qui permet de se connaître et de se juger ; et cela est proprement la conscience.
Rousseau disait bien que la conscience ne se trompe jamais, pourvu qu'on l'interroge. Exemple : ai-je été lâche en telle circonstance ? Je ne le saurai si je veux y regarder. Ai-je été juste en tel arrangement ? Je n'ai qu'à m'interroger ; mais j'aime mieux m'en rapporter à d'autres."

ALAIN, Définitions dans Les Arts et les Dieux.
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=  Lisons le texte ensemble: suite

toujours: Alain insiste et reprend "toute", sans exception: dans tous les cas. Sinon ce n'est pas la  conscience.

implicitement: sans que cela soit explicité.

morale: la conscience est toujours morale si elle pense: dans la mesure exactement où la question que dois-je penser , sans laquelle il n'y a pas la conscience, ouvre le champ de la délibération.

=> Comprendre qu'il n'y a pas de délibération possible sans conscience, il faut en effet un examen de conscience par lequel la conscience prend du recul, s'examine, ce qui lui permet de se juger. Conscience psychologique et conscience morale sont alors la même "chose". La conscience doit penser qu'elle pense, penser ce qu'elle pense: c'est le savoir qui revient sur lui même. Cette pensée sur la pensée permet le jugement et le choix de ce qui doit être pensé: ce qui devient le devoir.

intérieur: dans ce qu'on appelle le for intérieur de chacun.

inconscient: comme ils ne pensent pas qu'ils pensent, ils ne s'interrogent pas, ce qu'ils pensent ne leur appartient pas, ils en sont inconscients.

ce qui n'exclut pas: repérer bien le sujet: l'inconscient. Il concerne aussi les opinions dans lesquelles on affirme sans savoir ce qu'on affirme, sans être capable de le justifier par un examen. En fait, on ne sait pas ce qu'on dit.

savoir-faire: cela concerne aussi les savoir faire, l'exécution mécanique d'un mouvement d'où la conscience s'est retiré, on le fait machinalement, on ne sait pas qu'on le fait au point qu'on se demande si on l'a fait...

il manque: aux opinions et aux savoir-faire, il manque la conscience c'est à dire la réflexion comme retour sur soi même du savoir: on sait que l'on sait, on a conscience de ce que l'on pense et de ce que l'on fait.

Recul en soi même: le savoir n'est pas prisonnier de lui même. Grâce à un recul effectué dans l'intériorité, il peut se regarder: c'est le dédoublement du sujet qui se regarde, se connaît et se juge dans se pensées comme dans ses actions représentées.

cela: ce qui vient juste d'être dit: ce pouvoir de revenir sur soi. Le cogito est toujours transparent à lui même.

proprement: à proprement parler. C'est le terme propre pour désigner le recul en soi même.

Rousseau: Alain présente à l'appui de son propos une autorité philosophique: Rousseau. Il l'arrange un tout petit peu à sa manière. 
En effet ce que prône Alain c'est la pensée, la délibération, l'examen de conscience, c'est à dire une activité pour découvrir ce que je suis et ce que je dois faire
. Si je suis liberté, si mon intériorité se réduit à la conscience, la conscience devient une tâche qui m'incombe.

Ce que dit Rousseau, c'est que si on interroge la conscience, elle ne se trompe jamais. Mais pour Rousseau, la conscience ce n'est pas celle qui juge, mais le sentiment qui est donné par la nature crée par Dieu. Ce n'est pas une connaissance: "je sens mon cœur et je connais les hommes." Si la conscience ne se trompe jamais, c'est qu'elle a en elle un instinct divin, un guide assuré, même pour un être ignorant.

Il y a donc deux manières d'interroger la conscience, l'interroger comme une tâche à accomplir que certains n'accompliront pas et l'interroger comme un instinct divin que les même les ignorants peuvent consulter.

ai-je été lâche: notez qu'il s'agit toujours ici d'un effort de connaissance pour répondre à une question morale.

si: je ne le saurai qu'à la condition d'y regarder, c'est à dire de revenir dessus ma conduite en la pensant intérieurement.

ai-je été juste: est-ce que ma conduite a été conforme à mon devoir. Ai-je respecteé la personne avec qui j'ai conclu un contrat.

je n'ai qu'à m'interroger: pour avoir la réponse, il suffit que je revienne sur soi même sur mes intentions et sur mes actes. (Cela suppose bien entendu la bonne foi et la sincérité ...)

j'aime mieux: c'est la solution de facilité quand on n'a pas le courage de l'effort et d'affronter la vérité. J'ai été lâche, j'ai été injuste parce que, je me suis laissé entraîner...

m'en rapporter: utiliser des tuteurs, prendre pour modèle.

d'autres: ainsi, je me débarrasse de ma responsabilité. Pourtant on ne peut chercher dans un autre moi une morale qui nous dispenserait d'être à l'origine de nos pensées et de nos actes, d'en être responsable.

=> Comprendre que le moi est à faire, la conscience est une tâche qui est à ma charge et que ce qui relève de moi ne peut être délégué. Ma noblesse, ma dignité d'être libre, m'oblige absolument.

Page 1 et page 2

Bonne continuation
Joseph Llapasset

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